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Le business du sapin de noël

Des millions de sapins sont vendus chaque année en France. D’où vient cette tradition ? Quel est le volume de sapins achetés et à quel prix ? Les décorations qui accompagnent ces sapins représentent un vrai budget pour les Français. Nous verrons quel montant de dépenses est engagé pour boules et guirlandes.

Un Noël sans sapin n’est pas un vrai Noël pour la majorité d’entre nous ! Nous préparons notre sapin et le décorons comme il se doit tous les ans à peu près à la même période. D’où nous vient cette habitude ?

La tradition

A ne pas confondre avec le fait de célébrer Noël, cette tradition du sapin existe dans sa version moderne depuis la renaissance. Mais elle a pris ses racines quelques siècles auparavant. En effet, la coutume du sapin décoré remonterait au missionnaire saint Colomban qui fonde en 590 le monastère de Luxeuil au pied des Vosges. Un soir de Noël, il emmène avec lui quelques-uns de ses religieux jusqu’au sommet de la montagne où préside un antique sapin, objet de culte païen. Les moines accrochent à l’arbre leurs lanternes et leurs torches et dessinent une croix lumineuse au sommet. Cet acte syncrétique permet à saint Colomban de raconter les merveilles de la naissance de Jésus aux paysans ayant accouru pour voir ce spectacle et d’en convertir plusieurs, lançant la coutume d’installer chaque année des sapins illuminés.

Le premier sapin de Noël en tant que tel est mentionné dans les registres municipaux en Alsace en 1521 et c’est à Marie Leckzinska, l’épouse polonaise de Louis XV, que l’on doit son entrée à Versailles en 1738. A Paris, le premier sapin de Noël date de 1837, placé aux Tuileries par la princesse Hélène de Mecklembourg, belle-fille du roi Louis-Philippe. C’est en 1858, une année où les pommes manquaient, qu’un souffleur de verre mosellan imagina de les remplacer par des boules rouges en verre. Ce n’est qu’après la défaite de 1870 et l’exode de milliers d’Alsaciens et de Lorrains un peu partout en France que la coutume du sapin décoré va s’étendre progressivement. Il faudra toutefois attendre les années 20 pour qu’il se généralise dans les foyers, avec son étoile à la cime, symbole de l’étoile de Bethléem guidant les Rois Mages. Elle est généralement accrochée par le plus jeune de la maisonnée.

Dans la culture chrétienne, l’arbre de Noël ne doit pas être érigé avant la veille de Noël, c’est-à-dire le 24 décembre et doit être enlevé douze nuits après, pour l’Épiphanie. Dans les faits, les décorations des rues démarrent nettement plus tôt et il n’est donc pas rare qu’un sapin survive jusqu’à la Chandeleur peu de jours avant le début du Carême.

Production et achat : le Nordmann en tête !

Près de 6 millions de sapins de Noël sont vendus en France chaque année, soit à 21,6 % des foyers. Le Nordmann (celui qui ne sent rien et qui garde ses aiguilles) est depuis plusieurs années en tête des ventes (54 % des quantités achetées et 63 % des sommes dépensées), talonné par le traditionnel Epicéa (celui qui sent bon et qui perd ses aiguilles).

En 2010, les foyers français ont, en moyenne, dépensé 24 euros pour cet achat, à savoir 15,9 euros pour un Épicéa, 28,1 euros pour un Nordmann et 24 euros pour un sapin artificiel, soit un montant global de dépenses estimé à 147,7 millions d’euros, dont 123,6 M pour les sapins naturels. Les sapins naturels, quel que soit leur type, sont en très grande majorité, achetés coupés (88,4 % en 2010)

La production française est essentiellement située dans le Morvan, première région productrice avec un million d’arbres sur 1 500 hectares ce qui représente le quart de la production française, mais aussi en Bretagne et en région Rhône-Alpes. Le reste doit être importé, beaucoup d’arbres provenant du Danemark, ou de Chine, de la province du Zhejiang, spécialisée dans cette production. Il faut entre 5 à 10 ans, selon la taille désirée, pour obtenir un sapin de Noël, et cette production est considérée comme une activité agricole.

La course aux illuminations

Les budgets des collectivités territoriales pour les illuminations de Noël sont gigantesques. Ainsi, à titre d’exemple, pour conserver son titre de meilleure ville européenne pour ses illuminations, Strasbourg consacre près de 450 000 euros à la mise en place de ses décorations. Paris dépense 1,85 million d’euros tandis que Marseille voit sa facture se monter à 760 000 euros. Nous n’avons évidemment pas compté la facture d’électricité. Je ne ferai pas de commentaires sur ces sommes dépensées… Peut-être évitent-elles une révolution en cette période de Noël.

Les Français sont passionnés par les décorations autour de leur sapin et de leur maison, pour le plus grand bonheur des fabricants qui, pour la plupart, sont asiatiques. Valérie Damido, l’animatrice décoration de chez M6 révèle au Figaro, qu’elle est « très surprise de voir les clients des magasins de décoration dépenser autant. Chez Ikea et dans les jardineries, les familles dépensent facilement 130 euros en guirlandes électriques et en boules. » Effectivement, nous avons comparé les prix en magasins et sur internet, le prix des boules varient entre 60 centimes et 3 euros par unité. Tout dépend du niveau de sophistication qui est demandé par le consommateur. Alors, si l’on fait le calcul total entre les boules, les guirlandes, les guirlandes lumineuses, l’étoile, les décorations extérieures… la facture est salée. Tout cela sans compter la facture d’électricité qui arrivera en janvier.

Selon Valérie Damidot qui, pour les besoins de son émission, passe la moitié de son temps dans les magasins de décoration, et l’autre moitié dans des foyers de Français moyens, « ce fort investissement autour de Noël est une manifestation de l’intérêt des gens pour leurs traditions, dans le même temps, on voit bien que tout le monde s’est désintéressé de Halloween ».

La magie de Noël pollue !

La magie et l’enthousiasme de Noël ne doivent pas pour autant faire oublier l’impact incontestable de cet événement sur l’environnement. Par exemple, la puissance électrique nécessaire, à l’échelle de la France, pour les illuminations de Noël, est estimée à 1 300 MW, soit l’équivalent d’une tranche nucléaire, dont les trois quarts pour les décorations des ménages et un quart pour les illuminations des collectivités territoriales. Ces allumages, que d’aucuns qualifient d’accessoires, sont mal venus car ils interviennent en période hivernale et nocturne où la demande d’électricité est la plus forte et où elle atteint des pics de consommation record. Or, ces pointes de consommation nécessitent le recours aux centrales thermiques, au charbon et au pétrole notamment, très fortes émettrices de gaz à effet de serre. Ainsi, pour chaque kilowatt/heure supplémentaire consommé pour l’éclairage en cette période de forte demande électrique, le bilan carbone frôle les 600 à 700 grammes de CO2/‌kWh ! (source ADEME)

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